Alphonse VI confirmation testament de Gonzalo Ferrandiz

Péninsule Ibérique, entre Europe et Moyen Orient

Le roi qui lance la reconquête progressive de la péninsule Ibérique.

Le début du XIe siècle est une période charnière dans l’histoire culturelle, religieuse, militaire et politique de l’Espagne. La langue castillane devient progressivement la plus importante dans la zone d’influence d’Alphonse VI. La chute du califat de Cordoue en 1031 et le morcellement en taïfas des sphères d’influences des musulmans, permet à Ferdinand Ier puis à son fils Alphonse VI d’effectuer les premières reconquêtes chrétiennes contre les musulmans. Le monde chrétien ibérique s’ouvre aux cultures « européennes » que ce soit avec le royaume des Francs, l’Italie ou bien même la papauté. Il s’effectue un échange commercial, mais surtout humain avec l’arrivée de colons, de militaires qui transportent avec eux leurs idées, leurs œuvres. Il y a une ouverture de l’Espagne au monde outre-Pyrénéens. De plus le règne de Ferdinand Ier puis de son fils d’Alphonse VI sont marqués par une prédominance politique de la Castille sur les territoires chrétiens de la péninsule Ibérique et d’un changement du rapport de forces entre musulmans et chrétiens au profit de ces derniers. À la mort de Ferdinand Ier en 1065 son territoire est divisé entre ses enfants. Dès lors des querelles fratricides éclatent, plongeant l’Espagne chrétienne dans une période de troubles. En 1072, Alphonse récupère la Castille à son frère Sanche. Il devient alors le possesseur de la Castille et du Leon sous le titre d’Alphonse VI. Dans les années qui suivent, il poursuit sa reconquête sur ses frères et sœurs pour former de nouveau le royaume de son père. Il en vient même à utiliser le titre « imperator totus hispaniae », soit l’Empereur de toutes les Espagnes, au cours de son règne, marquant sa domination sur le monde chrétien espagnol. Il participe également à l’ouverture de l’Espagne au monde outre-Pyrénéens grâce à son mariage avec Agnès la fille de Guillaume VI duc d’Aquitaine, puis son mariage avec Constance de Bourgogne en 1080, peu de temps avant la réalisation du document dont il est question ici. Alphonse VI se rapproche beaucoup de la papauté, en tisant des liens avec le pape Grégoire VII qui est en pleine réforme de l’Église. Cette période marque le retour définitif de la papauté dans la péninsule Ibérique et le début des idées de croisades. Les documents du monastère de Sahagun et ceux de la cathédrale de Leon sont des sources importantes de l’histoire de Leon avant son rattachement définitif à la Castille en 1230. Nous avons affaire ici à une confirmation testamentaire en faveur de l’abbaye de Sahagun datant de 1080. Ce document se retrouve au sein de la Coleccion diplomatica del monasterion de Sahagun qui est composées de deux volumes. Ces derniers ont pour but de publier des sources du monastère de Sahagun en rassemblant 797 documents datés de 1000 à 1109. Il vient s’y ajouter 12 documents du Xe siècle. Les deux volumes s’intègrent dans une importante collection nommée Fuentes y Estudios de Historia Leonesa dirigée par J. M Fernandez Caton, dont ils sont les numéros 36 et 37. Le texte que nous étudions se trouve dans le numéro 37, qui fait donc parti d’un regroupement de textes et qui a été publié en 1988. Ce document fut écrit par Roman que nous supposons être un moine de l’abbaye qui a transcrit les paroles d’Alphonse VI. La charte date de 1080, cependant nous pouvons lire qu’elle fut confirmée « l’année 1118 de l’ère ». Ce n’est pas une erreur. Au XIe siècle, il est utilisé en Hispania, un calendrier différent du calendrier grégorien actuel. C’est l’ère d’Espagne, qui commence en 38 avant J-C. 

La rédaction de textes officiels a toujours répondu à un certain nombre de règles. Les testaments dans la péninsule Ibérique respectent dès lors des normes de composition. Le protocole est la première partie du document, il est divisé en plusieurs parties qui permettent d’introduire le sujet. Au sein de ce protocole, coexistent plusieurs normes : l’invocation qui place le texte sous le patronage de Dieu ; la suscription qui présente l’auteur du document (Alphonse VI) ; la dévotion qui explique la charge divine en possession de l’auteur ; l’adresse qui comme son nom l’indique adresse le testament à toutes les personnes qui sont citées, cela permet de crédibiliser le document ; puis enfin le salut. La deuxième partie est le texte qui est composé de plusieurs normes : le préambule ; l’exposé ; le dispositif ; la corroboration ; l’eschatocole ; et enfin la validation. Le document est une transcription des dires d’Alphonse VI. Il commence par se présenter puis annonce à travers un récit vouloir se faire inhumer au monastère de Sahagun, le lieu des saints Facond et Primitif. Par la suite, Alphonse VI explique qu’un de ses magnats, Gonzalo Ferrandiz, proche de la mort a pour souhait de léguer ses biens au même monastère. Pourtant, le souhait de ce magnat n’est pas exaucé car aucun testament n’est réalisé. Son héritage revient alors à sa sœur. Alphonse VI se doit de remettre de l’ordre dans cette affaire testamentaire litigieuse. Un testament est alors établi au nom de Gonzalo Ferrandiz afin de redistribuer les biens entre sa sœur et l’abbaye. Cette confirmation par Alphonse VI du testament de Gonzalo Ferrandiz est alors approuvée et confirmée par de nombreux témoins. 

Comment cette confirmation testamentaire permet à Alphonse VI de glorifier son pouvoir royal et l’abbaye de Sahagun ? 

Bibliographie

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Rucquoi, Adeline, Histoire médiévale de la Péninsule ibérique, Paris, Points Seuil, 2016

Deswarte Thomas, Une chrétienté romaine sans pape, l’Espagne et Rome (586-1085), CLASSIQUES GARNIER, Paris, 2010

Guyojeannin Olivier, Pycke Jacques, Tock Benoît-Michel, Diplomatique médiévale, BREPOLS, 2006

Charles GARCIA, « Itinérance de la cour et attaches sédentaires sous Alphonse VI et Urraque Ire », e-Spania, 8 | décembre 2009

Durand Robert, Cahiers de Civilisation Médiévale,  Année 1991

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Durliat Marcel, Sahagún et les débuts de la grande sculpture romane, Bulletin Monumental, tome 145, n°2, année 1987. pp. 220-221

M. l’abbé Jean Tarré, Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, Année 1952,  1948-1949,  pp. 162-163

Augustin. R

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